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TOBLERONES

«Toblerone», célèbre pyramide en chocolat, est aussi le surnom romand donné à un type spécifique de barrage antichars utilisé durant la seconde guerre mondiale. Il s’agit de blocs de béton armé de 14 tonnes, généralement coulés sur place et disposés stratégiquement en ligne, parfois sur plusieurs kilomètres d’affilées. Leur but était de créer un obstacle de terrain  capable de freiner l’avancée de l’envahisseur.

Longtemps entretenus et n’ayant jamais servis, ces blocs sont en excellent état de conservation, et pour des raisons souvent autres que le coût élevé des travaux de démantèlements – raisons esthétiques, historiques, écologiques, touristiques – l’intégration est généralement préférée à leur destruction.

Paradoxalement, bien que parfaitement obsolètes, ces blocs sont ancrés dans le paysage et la culture suisse, à tel point qu’ils font désormais partie de notre quotidien. En effet, ces vestiges de guerres sont présent dans des lieux aussi divers que les forêts, les bords de rivière, de part et d’autres des routes et chemins de fer, et plus curieusement dans des parkings de centre commerciaux, au coeur de quartiers d’habitations et même dans des jardins privés. D’ailleurs, certaines communes et quelques privés passionnés les rachètent et leur trouvent de nouvelles affectations étonnantes. Par exemple, lorsque ces toblerones traversent des zones résidentielles, ils peuvent être détournés en cabanes à outils, en haies de délimitations ou même entretenus et utilisés pour leurs propriétés esthétiques comme « décorations » de jardin. Certains artistes s’en inspirent également pour créer du «landart» ou des oeuvres à consonance helvétique. Parfois même, ils se retrouvent classés au patrimoine historique et des chemins pédestres sont aménagés le long de ces lignes de défenses, afin de les mettre en valeur et faciliter leur contemplation. À un autre niveau encore, leurs qualités écologiques sont mises en avant, car grâce à leur état d’abandon, ils contribuent au développement de la biodiversité et génèrent des abris et des protections pour les animaux.

En somme, malgré leur aspect désuet leur présence résonne, au point qu’une deuxième chance, une deuxième vie leur est offerte.

Dans ce travail, je m’intéresse à l’évolution du paysage et de la culture suisse autour de ces monuments figés qui n’évoluent plus depuis leur construction. Je me sers du médium photographique pour extraire ces vestiges du passé et les confronter au présent, afin de créer une tension temporelle qui met en valeur certaines notions, telles que la création involontaire d’un monument historique et le devenir de nos constructions actuelles.

Cette recherche m’a aussi permis d’évaluer dans quelle mesure l’attachement aux vestiges du passé est important pour les habitants qui les côtoient, car ce sont des liens directs avec l’histoire locale.

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